lundi 3 août 2015

Fresque romaine

L'essai de reproduction d'une fresque antique dans l'expo Archéo-test
L'expérimentation archéologique est au coeur de la nouvelle exposition temporaire de la Villa romaine de Pully. Dans ce contexte, plusieurs projets menés par des chercheurs en archéologie expérimentale sont présentés de manière détaillée. L'un d'eux porte sur les techniques de la fresque antique: les chercheuses et restauratrices Aude Aussilloux et Maud Mulliez ont recréé une fresque en tentant de retrouver les méthodes romaines qui permettaient d'obtenir des décors peints à la fois vifs, lisses, brillants et durables. Il faut préciser qu'on utilisait alors que de peu d'ingrédients: chaux, sable, poudre de marbre, pigments, eau et c'est à peu près tout!
En me basant sur leurs recherches (réf. bibliographiques ci-dessous), j'ai réalisé pour la Villa romaine de Pully un écorché afin de présenter de manière didactique les différentes phases de travail que comporte la réalisation d'une fresque antique.

Pose de l'accroche
Il a fallu en premier lieu poser l'accroche dans le fond du cadre réalisé pour l'expo. À gauche, des pierres collées resituent le premier niveau de toute fresque: le mur. À droite sera posé un mortier contenant du gravier.

Les premières couches de mortier
Une première couche de gobetis assez grossier à base de chaux et de sable est posée sur le fond (proportion: 1 pour 2). Deux couches supplémentaires de mortier à base d'un sable plus fin et de chaux sont appliquées sur cette base.

Motif: l'aurige de la Villa romaine a servi de modèle

Suivront quatre nouvelles couches d'enduits frais. Selon les chercheuses, des passes avec une proportion progressivement plus grande de chaux, puis avec également de la poudre de marbre et enfin de l'argile, facilitent le lissage et permettent d'obtenir des résultats proches de décors romains. J'ai aussi suivi le conseil de teindre dans la masse la dernière couche d'enduit frais, afin d'obtenir une couleur régulière (noire dans mon essai).
Le décor a été peint avec des pigments dilués dans l'eau et appliqués sur l'enduit frais, soit a fresco, afin de permettre la carbonatation. Cette réaction chimique qui intervient avec la prise du mortier permet de fixer les couleurs dans l'enduit: le mortier de chaux Ca(OH)2, en agissant avec le gaz carbonique de l'air et en évaporant l'eau lors du séchage, reforme un calcin: Ca(OH)2 + CO2 > CaCO3 + H2O.
En ce qui concerne le motif, pas besoin de chercher bien loin: j'ai reproduit un détail de la grande fresque qui ornait le pavillon de la villa romaine et dont les fragments encore visibles aujourd'hui in situ. C'est aussi l'occasion de montrer les couleurs que le décor devait arborer: les tons jaunes (ocre) ont en effet viré au rouge lors de l'incendie de la villa (l'oxyde de fer contenu dans l'ocre réagit par chauffage), et le fond noir a également disparu.
Enfin, cette expérience m'a permis de prendre conscience des difficultés techniques qui entrent en jeu dans la réalisation de fresque: le lissage, en particulier, et la pose de la couleur exigent une grande maîtrise. Les outils, aussi, ont leur importance. J'ai par exemple regretté de ne pas avoir choisi des pinceaux qui aient une plus grande réserve pour la couleur, et cette dernière a été souvent appliquée en couches trop épaisse. Mais, globalement, que de choses apprises!

Détail des vestiges à admirer in situ

À propos de l'expérience menée par les deux chercheuses:
Aussilloux-Correa (A.), Mulliez (M.), "Re-création d'une fresque antique: une archéologie expérimentale", in: A. Dardenay, P. Capus (dir.), L'Empire de la couleur. De Pompéi au sud des Gaules, Toulouse, 2014, p. 16-23.
Aussilloux-Correa (A.), Mulliez (M.), "Réaliser une fresque à l'antique", Dossiers d'Archéologie, 366, 2014, p. 78-83.
Du côté des sources:
Vitruve, De Architectura, livre VII, 5-7.
Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, livre XXXV.

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